Livre après livre

Livre après livre

vendredi 2 octobre 2015

Jacob, Jacob de Valérie Zenatti



Ce beau jeune homme intelligent qui chante merveilleusement bien et est le préféré de Rachel, sa mère, c’est Jacob. Un juif de Constantine qui va quitter son pays et sa famille, des mères aimantes, des femmes soumises à des hommes violents et frustres, la misère des siens dont il est le soleil, pour aller faire la guerre là-bas, dans un pays qu’il ne connait pas, de l’autre côté de la méditerranée. Après la chaleur et la violence des combats du débarquement en Provence, sur le chemin qu’il le mène en Alsace, il connaîtra l’amour, puis le froid et l’horreur de la mort des soldats.

Avec Jacob, Jacob, Valérie Zenatti raconte l’histoire de sa famille. Un récit forcément romancé puisqu’elle ignore ce qu’a vécu Jacob quand il a quitté l’Algérie pour aller se battre en France. Ce qu’elle sait c’est ce que sa grand-mère lui a dit et ce qu’elle a lu dans les livres. La douleur de Rachel à la recherche de son fils, le dénuement de leur vie algéroise, les enfants expulsés des écoles après les lois de Vichy contre les juifs, le départ forcé des pieds noirs vers la France, quelques années plus tard.

Jacob, Jacob ou le très bel hommage d’une jeune femme érudite, née en France, dont Jacob son grand-oncle bachelier serait le double, à sa famille pauvre qui ne maîtrisait pas la culture, des gens traversés par l’Histoire entre l’Algérie et la France qui a décidé ce qu’ils sont devenus.

jeudi 3 septembre 2015

La Mala Vida de Marc Fernandez




Mala vida, le mal de vivre, celui d’Isabel, petite-fille de républicains espagnols auxquels on a retiré leur fils le jour de sa naissance, officiellement mort-né. Aujourd’hui, alors que la droite conservatrice est revenue au pouvoir, Isabel  a imaginé une vengeance à la hauteur de la souffrance de ses grands-parents et de tous ceux qui ont vécu le même drame. Après la création d’une association de victimes, pour faire reconnaitre les préjudices subis malgré la loi d’amnistie votée à la mort de Franco, secrètement elle va infliger un châtiment que beaucoup penseront  inexcusable.  

Ce roman, ni vraiment historique ni vraiment policier, est  largement inspiré d’un épisode de l’histoire espagnole, celui de l’affaire des enfants volés après la guerre civile. Pour des raisons idéologiques, des enfants de républicains étaient vendus à des familles bourgeoises, avec la complicité de médecins et de religieuses. Les franquistes prétendaient  sauver  les âmes des enfants de "rouges" en les  confiant  à des familles proches du régime. Une pratique, que l’on retrouve en Argentine pendant la dictature militaire de 1976 à 1983 avec le vol de bébés d'opposants politiques, qui perdurera en Espagne même après la mort de Franco.

Marc Fernandez, ex-journaliste à Courrier International spécialiste de l’Espagne et de l’Amérique latine, créateur de la revue Alibi consacrée au polar, signe ici son premier roman en solo. Un essai réussi  qui, même s’il n’approfondit pas le sujet des enfants volés, évoque la souffrance de ces victimes du franquisme.

Merci à Babelio et aux Editions Préludes pour cette agréable lecture.

lundi 31 août 2015

Exterminez toutes ces brutes de Sven Lindqvist


Le suédois Sven Lindqvist, inspiré par la phrase : « Exterminez toutes ces brutes » écrite à la fin du rapport de Kurtz dans le roman de Conrad, Au cœur des ténèbres, analyse les crimes de la colonisation européenne en Afrique.

Sven Lindqvist, comme Conrad avant lui, dénonce un racisme primaire des colons qui qualifient les Africains de brutes, leur retirent de fait toute humanité et justifient leur extermination. Des massacres, connus de la Belgique et de l'Angleterre, largement indifférentes, pour une conquête réalisée uniquement grâce à une supériorité militaire. Une brutalité issue d'une idéologie plus largement développée par les nazis allemands pour motiver le génocide des « races inférieures » dont les Européens, anglais surtout, comme le montre Lindqvist, ont été les précurseurs.

Exterminez toutes ces brutes, une réflexion remarquable et indispensable sur l’idéologie de la colonisation européenne et ses conséquences.

vendredi 28 août 2015

Une ombre sur le Roi-Soleil : L’affaire des Poisons de Claude Quétel


Même s’il existe une rivalité entre les deux grands serviteurs de l’Etat que sont Colbert et Louvois, comme le Roi, ils sont scandalisés par les affaires de poisons qui agitent son règne. Pour tenter de remédier aux  messes noires, expériences alchimiques et morts inexpliquées qui se multiplient dans un Paris sale et dangereux, Colbert crée le poste de lieutenant général de police occupé par Gabriel-Nicolas de la Reynie et nomme  François Desgrez à celui de capitaine de la compagnie du guet.

Ceux-ci font arrêter, torturer et exécuter des accusés pour le salut de leur âme qui, s’ils avouent leurs crimes, échapperont à l’enfer. Ceux qui se retrouvent ainsi soumis aux pires supplices sont issus de tous les milieux, car du plus grand seigneur au plus simple artisan on recourt aux services des « sorcières » et autres scélérats pour régler ses affaires. Le Roi lui-même suit de près ce « nettoyage », conscient que même dans son entourage proche il se trouve des gens pour vouloir intenter à sa vie. Madame de Montespan, sans jamais que cela soit complètement prouvé, en fait partie.

Avec Une ombre sur le Roi-Soleil Claude Quetel signe une enquête rigoureuse aux développements passionnants. Remarquable historien et conteur, il nous introduit dans une époque troublée où, face à l’émergence des affaires des poisons et de son monde interlope, le pouvoir a mis en place les bases de la police moderne.


 Merci à Babelio et aux Editions Tallandier pour la découverte de cet auteur et de son livre

Les Infâmes de Jax Miller


Contrainte de renoncer à ses enfants, quand elle est accusée à tort du meurtre de son mari, Vanessa Delaney ne peut plus les récupérer alors qu’un de ses beaux-frères est condamné pour ce crime. Vingt ans après, la libération de celui-ci la pousse à surmonter son statut de victime protégée par la police et à partir à leur recherche. Devenue violente, alcoolique et dépressive, elle devra  lutter contre ses démons pour affronter  la face sombre de l’Amérique.  

Jax Miller met en scène, avec un certain réalisme, la violence de l’Amérique profonde, celle des gangs de motards, des sectes et des familles de dégénérés. Et en dépit de l'écriture souvent chaotique, on croit à la bataille de l’héroïne pour sauver ses enfants et se sauver grâce son instinct de conservation qui l’a fait triompher des pires épreuves.

Merci à Babelio et aux Editions Ombres noires la découverte de cette auteure et de son livre.

Karoo de Steve Tesich


Saul Karoo, correcteur talentueux de scénarios, imagine pouvoir guérir de ses difficultés affectives et existentielles en transformant le cours de la vie de ceux qu’il aime. Mais il n’est pas Dieu et son désir de rédemption ne sera pas assouvi par cette ultime manipulation qui le conduira au bord de la folie.

Drôle, ironique, lucide, intelligent, ce roman est une réflexion sur la vacuité de la vanité humaine, la découverte de la spiritualité comme sens ultime de la vie. Un livre dense et profond qui apparait comme le testament halluciné d’un écrivain mort quelques jours après l’avoir achevé. Remarquable.

L’amour conjugal d’Alberto Moravia



Sylvio veut écrire un roman, un roman sur l’amour conjugal. Pour réaliser son projet, il s’installe en Toscane avec Léda, son épouse aimée. Mais le soutien de celle-ci ne suffit pas à nourrir son inspiration. Sûr de l’amour de sa femme, il imagine alors l’abstinence charnelle comme pendant de sa puissance créative et lui propose de faire chambre à part. Mais Silvio pense Léda soumise et éthérée là où elle est impétueuse et animale. Une erreur de jugement qui va lui faire connaitre les affres de la jalousie, d’objet utile à son épanouissement elle deviendra sujet agissant pour elle et par conséquent contre lui.

L’amour conjugal ou l’attachement indéfectible, concept bourgeois raillé divinement par un Moravia ironique et malicieux.