Passer la nuit à regarder une jeune fille endormie, repenser
à une vie désormais derrière soi, aux femmes aimées, filles, maitresses ou
mère, à la mort, c'est ce que le vieil Eguchi, lucide et sans tristesse, fait
depuis qu'il a découvert la maison des belles endormies.
Livre après livre
lundi 7 décembre 2015
Les Belles Endormies de Yasunari Kawabata
mardi 24 novembre 2015
Un hiver sur le Nil : Florence Nightingale et Gustave Flaubert, l'échappée égyptienne de Anthony Sattin
Alors qu’ils sont jeunes et inconnus, Florence Nightingale
et Gustave Flaubert s’embarquent pour un voyage en Egypte. Tous deux sont
déprimés, l’une à cause de ses parents qui voudraient la voir mariée et
refusent ses choix, l’autre par l’échec de l’écriture de son premier roman, La
Tentation de saint Antoine. Pendant cet hiver 1849 et après, les deux voyageurs
auraient pu se connaitre mais d’Alexandrie à Abou-Simbel, sur place et au
retour, ils ne se parleront jamais.
Gustave Flaubert a tout observé, ne se contentant pas de
passer son temps dans les lieux de plaisir qu’il affectionnait tant,
contrairement à ce que pensait et a écrit son ami Maxime Du Camp qui l’avait
entrainé dans ce périple. Un voyage après lequel il va écrire le roman qui l'a
rendu célèbre, Madame Bovary. Florence Nightingale, dans une démarche très
différente, une quête quasi spirituelle, puisera dans ce séjour la force qui
fera d’elle une femme libre, la grande réformatrice de la santé publique
qu'elle a été dans son pays.
Anthony Sattyn, rencontré grâce à
Babelio, avec Gilbert Sinoué venu le soutenir (il a aussi écrit un livre sur
Florence Nightingale), raconte que son idée est née du hasard. Un jour, à la
British Library, il tombe fortuitement sur les lettres d’Egypte de Florence
Nightingale, et comprend à leur lecture que celle-ci a pris, pour se rendre au
Caire, le même bateau que Gustave Flaubert. Il imagine donc la mise en
parallèle de leur expérience orientale, une façon de montrer comment la
découverte de nouveaux horizons a inspiré une œuvre et une vie hors du commun.
C'est un passionnant voyage en Egypte, en compagnie d’êtres
appelés à devenir exceptionnels, auquel Anthony Sattyn nous convie.
Je vous écris dans le noir de Jean-Luc Seigle
Des femmes sont clouées au pilori et livrées à la vindicte
publique plus pour leur attitude, leur comportement que pour les crimes
qu’elles ont commis. Pauline Dubuisson est certainement de celles-là, autrement
comment expliquer l’acharnement de ses juges à ne lui trouver aucune
circonstances atténuantes.
Son crime était un crime passionnel non prémédité,
contrairement à ce qu’elle a avoué à ses accusateurs qui cherchaient vainement
à le démontrer. Un crime perpétré par une femme victime des hommes, de son père
surtout qui s’est servi d’elle pour ramener à lui son épouse adorée.
Une jeune femme jugée et condamnée pour sa fierté, prise
pour de la froideur et de l’arrogance, et au nom de la morale. Son passé de
jeune fille facile, tondue à la libération alors qu’elle n’avait que dix-sept
ans, en faisait une dépravée amorale capable de donner la mort sans états
d’âme.
Pauline Dubuisson a tué et s’est suicidée parce qu’on peut
tuer et mourir d’être désaimé. C’est ce qu’elle nous dit avec l’immense talent
de Jean-Luc Seigle.
samedi 10 octobre 2015
Histoire de la reliure de création : la collection de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Yves Peyré
Après une époque où tous les livres étaient reliés ou en
attente de l’être, le Premier consul, qui exige l’identification des livres sur
leur première page, précipite l’apparition de la couverture moderne. Une
évolution qui a paradoxalement permis l’éclosion de la reliure de création ou
reliure d’art, la reliure cessant d’être une obligation mais gardant son
intérêt de protection et de conservation. Si l’Art nouveau et l’Art déco se
disputent le point de départ de son éclosion, la reliure de création s’inspire
souvent de l’art du moment dont elle en est un des reflets et hausse le
relieur, qui doit servir le livre, du rang d’artisan à celui d’artiste.
A la bibliothèque Sainte-Geneviève, la reliure de création,
très représentée jusqu’en 1870, a cessé radicalement de l’être à la fin du XIXe
et au XXe siècles. Profitant de la crise économique de 2008, qui a fait baisser
le prix des grandes reliures historiques de l’époque moderne, Yves Peyré,
conservateur général des bibliothèques et directeur de celle de Sainte-Geneviève
de 2006 à 2015, a acquis plus de quatre cents reliures en moins de six ans. Une
magnifique collection, savamment commentée par le conservateur dans cet
ouvrage.
Merci à Babelio et aux Editions Faton pour cette très belle
lecture.
vendredi 2 octobre 2015
Le journaliste et l’assassin de Janet Malcom
En 1970 en Californie, Jeff Mac Donald, un médecin servant
dans une unité de bérets verts, est accusé puis blanchi par un tribunal
militaire du meurtre de sa femme enceinte et de ses deux petites filles. Quelques
années plus tard, un dossier convaincant, fruit de l’enquête reprise par la
justice fédérale, le fait de nouveau comparaitre devant un tribunal. Cette
histoire intéresse le journaliste désargenté (ses livres ne se vendent plus) Joe
Mc Ginniss qui, après une rencontre avec Mac Donald pour un article, accepte de
signer un contrat avec lui pour écrire un livre sur l’affaire.
Rapidement les deux
hommes se lient d’amitié et ne se quittent plus. Une amitié de séduisants mâles
américains aimant le football et les femmes, de deux séducteurs sûrs de leur
charme. Une proximité qui pousse Mac Donald à répondre aux questions les plus
indiscrètes de Mc Ginniss qui intègre son équipe de défense. Le journaliste
affirme croire dur comme fer à l’innocence de son ami et quand celui-ci, à l’issue de son second procès tenu en 1979, est condamné à perpétuité, il lui envoie des
lettres en prison où il lui dit souffrir autant que lui de cette monstrueuse
injustice.
Mais quand le livre paraît, Mac Donald découvre une toute
autre réalité. Son ami et partenaire le décrit comme un dangereux psychopathe
dont il est persuadé de la culpabilité. Mac Donald décide, devant tant de
duplicité et de mauvaise foi, d’attaquer Mc Ginniss en justice pour
« tromperie et violation de contrat ». Procès que Mac Donald va
gagner. Mc Ginniss est condamné pas tant pour avoir écrit ce qu’il pensait réellement
de cette affaire dans un livre de non-fiction (dans un roman, la liberté
d’expression est totale) que pour avoir trompé son sujet en lui soutirant des
informations par le biais d’une fausse amitié.
Le secret de la manufacture de chaussettes inusables d’Annie Barrows
Pour avoir refusé d’épouser le garçon proposé par son
fortuné et sénateur de père, Layla Beck est contrainte par lui de travailler
pour le Federal Writer's Project, un projet subventionné par Washington pour
encourager et soutenir l'écriture, parmi ceux mis en place par Roosevelt après
la crise de 29. Sa mission est de rédiger la chronique d’une petite ville de
Virginie pour le cent-cinquantenaire de sa fondation, mandatée par ses notables
désireux d’entrer dans l’Histoire. Durant l’été surchauffé de 1938, elle prend
pension chez les Romeyn, une famille non conventionnelle qui a perdu la
propriété de la manufacture de chaussettes de la ville à la suite d’un
mystérieux incendie. L’enquête minutieuse de la jeune femme, surveillée par une
enfant dégourdie, mettra au jour des secrets que beaucoup n’auraient pas
voulu voir révélés.
L’institutrice d’Izieu de Dominique Missaka
La volonté de Gabrielle Perrier, institutrice d’une classe
d’enfants juifs réfugiés à Izieu en 1944 et déportés sur ordre de Klaus Barbie,
était qu’on ne parle pas d’elle. Après le refus de cette dernière,
l’historienne Dominique Missaka a souhaité malgré tout rendre hommage à cette
femme qui, même si elle était en vacances lors de l’arrestation des enfants, a
su s’occuper d’eux avec beaucoup de professionnalisme et gentillesse.
Si Gabrielle Perrier, qui sortira de l’anonymat à l’occasion
du procès de Barbie en 1987, ne veut pas être le sujet du livre de Dominique
Missaka, c’est qu’elle pense n’avoir joué aucun rôle et surtout qu’elle se
culpabilise de n’avoir pas eu conscience du danger qui pesait sur les enfants,
alors qu'elle savait qu'ils étaient juifs, même si à aucun moment ceux-ci ne
lui ont dit.
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